
Samedi 26 septembre Aujourd’hui, c’est la journée de repos à l’auberge Ménata. Tout est fermé donc à part de la visite, il n’y a pas de quoi s’affoler. J’ai donc pris le temps de faire ma lessive, de tapoter un peu sur l’ordi. Quant à Jean Michel, il a passé la matinée à passer de groupe en groupe pour tailler un peu la bavette avec chacun. Le camion des ch’tits est presque réparé. Il ne manque plus que le pare brise. Un gars est parti à Dakar au Sénégal le chercher. Ça va donc prendre un certain temps. Ici, il faut savoir résister aux « prédateurs » qui ne pensent qu’à une chose ; acheter votre véhicule une bouchée de pain, ce qui ralentit considérablement les dépannages et autres réparations. Nous avons fait un peu le tour de la ville de Nouakchott sous une chaleur écrasante. Le thermomètre affiche le maximum, c'est-à-dire 55 degrés. On pense qu’il commence à s’affoler un peu et ne doit plus être très fiable. La ville n’est pas très chouette ; je dirais même assez moche. Quoique Jean Mi la trouve quand même plus attirante que Nouadhibou. Les goûts et les couleurs…Nous avons fini la journée sur la plage, une des plus grandes plages du monde s’étirant sur une centaine de kilomètres. Beaucoup de personnes s’y baignent, même les femmes qui osent se tremper un peu, habillées tout de même. Mais l’intérêt de cette plage, c’est le retour de la pêche. Des milliers de petites barques colorées sillonnent les côtes et quand arrive l’heure du débarquement, les hommes d’équipage à l’aide de rondins de bois, ramènent leurs embarcations sur le sable. Soles, raies et des dizaines d’autres poissons colorés remplissent les casiers. Cette petite représentation est vraiment digne d’un reportage de Thalassa, mais peut-être sont-ils déjà passés par là ?? Après cette représentation passionnante, nous avons du rentrer d’urgence à l’auberge car une tempête semblait se préparer. Arrivés trop tard, les employés avaient tout de même pensé à rentrer mon linge et à descendre nos tentes du toit. Ma tente a à son tour souffert de ce déménagement impromptu et 2 arceaux ont cédé. Elle est toute biscornue mais tient encore debout… Dimanche 27 septembre Nous sommes décidés aujourd’hui à obtenir nos visas définitifs et enfin pouvoir quitter cette ville. Petit passage à la poste, avant la DST. Il faut imaginer un immeuble délabré, limite insalubre. Nous grimpons les 3 étages, remplissons notre fiche avec les photos d’identité, payons 5000 Ouguiyas chacun pour s’entendre dire de revenir à 15 heures l’après midi. Après quelques parlementassions, nous obtenons une réduction du délai qui passe à midi. Finalement c’est à 13 heures que nous récupérons nos passeports. Et c’est parti pour la route de l’espoir qui nous mènera au Mali. Nous étions prévenu que cette route ressemblait plutôt à la route du désespoir car tous le long du chemin, les bas côtés sont jonchés de cadavres d’animaux soit percutés, soit noyés lors de la dernière crue. Un spectacle hors du commun et misérable s’offrait à nous : dromadaires, vaches, chèvres, ânes, chiens dans un état de putréfaction plus ou moins avancé… Le pays étant intégralement et profondément musulman, la viande d’animaux accidentés n’est pas consommée (car elle n’est pas hallal). Hormis ça, le paysage est varié. Nous passons des dunes de sables aux montagnes puis à travers des déserts de prairie à perte de vue. L’herbe a beaucoup poussé suite aux innombrables pluies torrentielles qui ont touché l’Afrique ces dernières semaines. Si bien que par endroit, la route est coupée par des étendues d’eau très profondes. La première route inondée a malheureusement été fatale pour nous et pourtant, nous nous croyions sortis d’affaire !!! Après un temps d’observation, certaines voitures passaient mais l’eau arrivait presque au capot mais la plupart des automobilistes se faisaient pousser moteur coupé moyennant un peu d’argent. Sur ce coup, nous avons fait certainement le mauvais choix en prenant la décision de rouler. Nous avons bien traversé mais au bout de 300 mètres, notre moteur n’a plus voulu repartir. La voiture était bel et bien « gâtée » comme on dit en Afrique, et nous bel et bien dans la m… La nuit commençait à tomber et l’urgence était de rejoindre un village. Nous avons pu nous faire tracter jusqu’au village de Magta Lahjar. On est pas prêts d’oublier ce moment de solitude. Imaginez notre état d’esprit au milieu d’un village de Mauritanie la nuit entourés de vautours qui n’attendent qu’une chose : l’abandon du véhicule !!! Jean Michel était un peu dépité et surtout vexé de s’être fait piéger dans la mare d’eau. Quant à moi, j’ai toujours gardé l’espoir qu’on allait pouvoir repartir le lendemain avec la voiture. Après un coup de fil à Mac Gyver, un ami de Jean Michel, nous en savons plus sur l’origine de la panne (l’eau était rentrée dans le filtre à air). De toute manière, on ne pouvait plus rien faire le soir même. Nous avons trouvé refuge au bord de la route, sous une grande tente réservée aux voyageurs, qui fait également office de restaurant. La bête est accrochée devant le fourneau. IL faut choisir le morceau et le cuisinier le fait griller. La nuit a été très difficile et j’avoue que n’étant pas très rassurée, j’ai gardé tout prêt de moi mon couteau suisse ouvert. Jean Mi, de son côté a dormi dehors sous une moustiquaire. Lundi 28 septembre Très tôt, nous nous réveillons. Et après une toilette plus que sommaire et le café, nous commençons à regarder de plus prêt le moteur de la voiture. Nous avons nettoyé tout ce qui était possible, démonté les bougies de préchauffage sur les conseils de Manu, un ami français qui était avec nous à l’auberge Ménata. Mais malgré tout ça, la voiture fumait toujours aussi blanc si bien que Jean Michel, sous la pression de tous les charognards prend la décision d’abandonner le véhicule. De mon côté, je lui propose plutôt d’essayer de la vendre (en Mauritanie, une voiture comme ça vaut entre 1000 et 1500 euros). 300 euros avec un moteur HS semble un bon compromis. Je fabrique donc des panneaux « A vendre 110 000 Ouguiyas ». Et au bout de quelques minutes, nous avions déjà des poissons à l’hameçon. La première démarche était malgré tout de faire constater l’abandon du véhicule par les forces de l’ordre car quand on rentre avec une voiture en Mauritanie, il faut ressortir avec sinon on se trouve confrontés à de graves difficultés. C’est avec les douanes qu’il faut voir ça mais dans le bled où nous étions, il n’y avait pas de douanes. Le commissaire de police établit donc un document officiel en arabe mais qui nous a été traduit au moins oralement en français. Jean Michel fait affaire avec une femme qui lui sort des liasses de billets de 1000 Ouguiyas de son sac et qui nous invite chez elle en attendant nos amis Manu et Géraldine qui doivent nous récupérer avec nos bagages. Manu et Géraldine étaient partis un peu après nous de Nouakchott, heureusement !!!! Nous avons été accueillis comme des coqs en pâte dans cette famille mauritanienne. Les femmes m’ont fait des tatouages au henné, parée de bijoux et habillée d’une tenue traditionnelle. J’ai souffert le martyr à cause de la chaleur car après la pose du henné, on m’a enfermé les mains et les pieds dans des sacs plastiques pendant 2 heures. Le sauna à côté, c’est de la rigolade… Nous avons partagé le thé et le repas. Traditionnellement les femmes mangent après les hommes. Donc après leur repas les hommes ont abandonné les os à leurs compagnes pour qu’elles finissent de les ronger comme les chiens chez nous. C’est assez choquant de voir ça. Mais je pense qu’elles doivent se préparer autre chose après car ça fait un peu léger comme repas. Vers 16h, nos sauveurs arrivent et nous chargeons tous notre bardât sur la galerie. Merci à eux de nous sortir de cette galère. Jean Michel remet les clés à sa bienfaitrice (lol) et même avant qu’on soit parti, tout le monde s’est jeté sur la voiture comme sur du bon pain. Nous nous posons encore cette question : si nus n’avions pas vendu et bradé cette voiture, aurions nous été accueillis d’aussi bon cœur par les autochtones ? On ne le saura jamais…mais on a tout de même des doutes. Nous faisons halte le soir à Kiffa dans un campement pas très clean mais faute de mieux, on va s’en contenter. Nous cohabitons avec nombre d’insectes, au grand désespoir de Géraldine qui ne se sent pas très rassurée. Mais la nuit se passe tout de même. |