
Jeudi, nous avons donc quitté Boujdour avec un objectif : arriver à la frontière et atteindre Nouadhibou le soir même. Pas moins de 700 km à parcourir dans le désert. C’est très lassant surtout que sur le chemin, on a trouvé qu’une seule pompe à essence à mi parcours et à part ça, des cailloux, des cailloux et des cailloux. Nous avons franchi ce qui est reconnu ici pour être le plus long tapis roulant du monde (100 kilomètres) qui achemine les phosphates de la mine de Bou Crâa au port de Layoune. On a tout de même traversé quelques villages fantômes où un panneau nous souhaitait la bienvenue, des villages de pêcheurs constitués de bric et de broc jusqu’à arriver à un carrefour qui nous laisse le choix entre Dakhla ou la Mauritanie et là premier contrôle de police. Avant la frontière, on a pu admirer des dunes blanches que l’on compare ici à des pains de sucre. Puis enfin c’est l’arrivée au poste frontière de Bir Gandouz à Guergarat et c’est aussi là que commencent les contrôles qui vont s’échelonner sur quelques kilomètres. C’est maintenant qu’il faut faire preuve de patience, d’hypocrisie (diplomatie n’est pas le bon terme ici), et de détermination pour ne pas céder à la première demande de bakchich. Tout d’abord, ce qu’il faut savoir c’est qu’il fait une chaleur écrasante et on espère qu’une chose : ne pas y rester trop longtemps. Certains y passent 4 à 5 heures en plein caniar.
D’abord, côté marocain : Pas moins de 6 contrôles. Dans l’ordre : 1) La gendarmerie royale : juste le passeport 2) La police : on nous demande de remplir 2 fiches, d’attendre pendant que le chef téléphone et contrôle. Ça prend environ une demi heure. 3) A nouveau la police, pour récupérer les passeports 4) Les douanes : on ne nous passe pas au scanner contrairement aux gros véhicules, donc on discute juste un peu et c’est bon. 5) Prêts à repartir, on se fait à nouveau arrêter par un douanier qui recontrôle nos passeports comme si on avait pu les perdre ou les changer en quelques mètres et qui nous demande si on n’a pas des armes. 6) La gendarmerie royale à qui nous remettons 2 fiches d’identité (nous en avions prévu un grand nombre avant de partir) et qui recontrôle nos passeports. Aucun service n’est relié l’un à l’autre : c’est une succession de petits bâtiments type algeco. Si ça c’est pas de l’occupationnel !!!!!! Ce petit jeu nous aura pris une heure : on s’en sort plutôt honorablement. Maintenant, côté mauritanien. Comment vous décrire ce qu’on a vécu et ce grand moment de solitude qui a nous a soudain envahi. Entre les 2 frontières, un no man’s land qui n’appartient ni au Maroc, ni à la Mauritanie et d’ailleurs à personne sur la planète. Cet endroit est miné, la piste est difficile à trouver mais c’est une cachette idéale, pour les terroristes (al kaida entre autre), et les gangsters recherchés. La piste est défoncée et on ne sait pas vraiment si on est bien dessus et pendant 4 kilomètres, le paysage n’est que désolation (carcasses de voitures, cailloux, pas de végétation) et témoigne des années de guerre entre le Maroc et la Mauritanie. Jean Michel est très concentré sur la piste ; il ne faut surtout pas tomber en panne ou casser la voiture à cet endroit car personne ne viendra nous dépanner ici. Quel soulagement quand on est en vue du fort qui se situe au poste frontière. On va poursuivre nos démarches administratives et passer également 6 contrôles à la frontière et de nombreux autres jusqu’à notre arrivée à Nouadhibou. 1) La gendarmerie : on donne une fiche d’identité et contrôle du passeport 2) A nouveau la gendarmerie : on doit ouvrir le coffre et dire ce qu’on a et le charmant monsieur nous demande un petit cadeau (téléphone portable) mais comme on n’en a pas, il nous laisse partir. 3) La police : c’est là qu’on paye nos visas temporaires de 3 jours (40 euros en tout), on présente nos passeports à nouveau. 4) Ensuite c’est la douane mais on ne voit rien. Finalement on remarque une cabane en bois et c’est bien le repère des douaniers. Y en a la moitié qui glande et l’autre moitié qui s’occupe des automobilistes ou plutôt qui essaie de les arnaquer. A nouveau présentation du passeport, Jean Michel règle les formalités pour le véhicule et est obligé de lâcher 10 euros que le douanier s’empresse de glisser dans sa poche. Mais normalement, ce droit d’importation n’existe plus officiellement. 5) L’assureur (qui est à la frontière) et le change (au marché noir) Et tout d’un coup, un homme avec un porte-voix, qui s’avère être le muezzin de la frontière, lance un appel et tout le monde lâche son poste pour se précipiter sur les tapis improvisés en direction de La Mecque. Toutes les voitures en attente, dont nous, en ont pofité pour se faire la belle…
6) Halte gendarmerie, sans contrôle. En tout, on a été bloqués moins de 2h. C’est un record !!!!! Il nous reste une cinquantaine de kilomètres avant notre arrêt bivouac à Nouadhibou. La route est dramatiquement monotone. Seul le train du désert reliant Nouadhibou à Zouerat d’une longueur impressionnante et les contrôles de police ont cassé un peu la monotonie de ce trajet. L’arrivée au camping a été un réel soulagement. Nous commençons à rencontrer des français dans la même situation que nous et ces moments de partage sont vraiment une bouffée d’oxygène dans cette horrible ville de Nouadhibou. En ce qui me concerne, la première impression que j’ai de la Mauritanie n’est pas très positive : l’accueil n’est pas très chaleureux, surtout pour les femmes. Je n’ai pas le droit de saluer les hommes et eux m’ignorent complètement. Ils ne s’adressent qu’à Jean Michel. Espérons que ça s’améliore mais en tout cas, nous n’avons pas l’intention de moisir ici… Vendredi 25 septembre Lever à l’aube, café et nous nous engageons sur la route qui nous mène à la capitale, Nouakchott, passage obligé pour obtenir notre visa définitif à la DST. Le vendredi et le samedi correspondent au WE donc demain sera une journée de calme. Nous essaierons de partir dimanche. Nous avons 500 kilomètres à faire dans le pire désert que nous avons pu franchir jusqu’à maintenant. Un vent de sable terrible sur la première moitié du trajet et ensuite du brouillard assez épais qui ne laissait pas grande visibilité. On s’est ennuyé à mourir sous une chaleur torride. On se serait crus dans une soufflerie bouillante. Sur le trajet, quelques caravanes de dromadaires dont un cadavre sur le goudron. Nous trouvons très rapidement l’auberge Ménata, rdv des routards qui descendent vers l’Afrique Noire. Un endroit, type auberge espagnole, où Jean Michel s’éclate car il peut discuter avec plein de monde. Des allemands, des jeunes bretons, des ardéchois, un sénégalais, des ch’tits… D’ailleurs les ch’tits sont bloqués ici depuis une semaine car c’est eux qui ont reçu le dromadaire dans leur pare brise. Heureusement qu’ils étaient en camion car ils auraient été pulvérisés dans un véhicule comme le notre. Résultat : obligé de décharger le camion dans la cour de l’auberge (matériel pour construire une école au Mali) et plus de 3000 euros de frais sur le camion. Cela nous conforte dans notre idée de ne jamais rouler la nuit. Nous nous sommes installés sur le toît de l’auberge mais Jean Michel a renoncé pour une chambre ventilée. A un certain âge, on supporte un peu moins bien la chaleur !!!!!(lol)
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